Mes sorties de zone

Depuis l’âge de 2 ans, j’en ai connu des sorties de zone.

En 1975, moi et mon frère cadet d’un an, avons été séparés de notre mère biologique. Disons que ça commençait une vie plutôt de façon brutale et que le concept de sortie de zone a été assimilé tôt dans nos vies.

Éduqués majoritairement par notre grand-mère paternelle, nous avons appris assez tôt que nous étions différents de nos amis de classe sur cet aspect.

Pas évident le lien affectif maternel avec une grand-maman. Bref, c’est différent. Différent de ce que les amis racontaient en classe et dans la cour d’école sur les choses qu’ils ou elles vivaient avec leurs mères. Ça aurait pu être bien pire, j’en conviens… disons-le comme ça.

Papa lui, gagnait durement sa vie comme bûcheron pour subvenir à nos besoins matériels. Il était pour la plupart du temps, loin de la maison et avons dû accepter cette réalité des conséquences qu’imposent le divorce des parents – Chose qui était peu commune à la fin des années 70 et début des années 80 surtout en milieu rurale, dois-je le mentionner.

Les regards réducteurs et les moqueries des enfants sont cruels, vous le savez. C’est une époque qui m’aura empesé mais elle m’aura aussi donné des munitions pour le reste de ma vie. Cette époque m’aura inculqué des valeurs. Rire des autres a des impacts. Je le sais. En somme, j’en ai quand même retiré un certain positivisme.

Ronde 2

Puis à 14 ans, j’ai été confronté à sortir de ma zone, une deuxième fois.

Transporté à plus de 1200 kilomètres du nid familial par mon père, j’ai été émergé dans un milieu anglophone et dans le monde du travail du jour au lendemain. Oui, 14 ans.

Pensant que c’était la meilleure façon de m’apprendre à travailler et à gagner ma vie dès l’adolescence, mon père savait qu’en me sortant de ma zone, je ne pouvais le décevoir et je savais qu’en lui prouvant, j’allais revenir de là avec un beau magot en poche.

Dans les champs où on y récoltait le tabac depuis des décennies, j’ai appris. J’ai appris à la dure ce qu’était la valeur de l’argent. J’ai aussi appris une langue qui allait devenir un atout 20 ans plus tard et qui m’aiderait à me démarquer dans mon champ de compétences actuel.

Pendant que les autres allaient voir les filles sur les plages du Lac Érié et profiter du soleil sans jamais en avoir rapporté une seule, moi, j’allais passer l’après-midi dans l’entrepôt où les filles classaient le tabac dans le but d’apprendre la langue de Shakespeare.

J’en ai dit des sottises. Je me suis trompé souvent mais je les faisais rires et vous savez, quand un gars réussit à faire rire les filles, c’est souvent plus efficace qu’une shape de plage sur le bord du Lac Érié!

Pour résumer, je dirais qu’après 45 jours d’immersion anglophone, vous auriez dû voir mes résultats en anglais au secondaire! Encore là, le bronzage des rebords du Lac Érié n’aident en rien les résultats scolaires. Do you understand?

Non seulement j’ai relevé le défi que mon père m’avait fixé, j’ai ainsi rapporté un magot dont peu de jeunes de 14 ans pouvaient se vanter d’avoir en poche à cet âge et j’y suis retourné pendant 9 autres récoltes.

Dans les années qui ont suivies, c’est moi qui commandais au restaurant pour les gars qui allaient à la plage dans le but de ramener des filles sur la ferme. Ils n’avaient rien n’appris de l’anglais. Rien.

Une autre sortie de zone que j’ai su retourner positivement. J’y prenais goût.

Zone étrangère

Alors aux études au Cegep dans les années 90 à Lévis, je décidais de quitter la civilisation, mes études et le milieu urbain dans lequel je vivais pour aller m’isoler dans un village du Nord du Québec où peu de québécois auront mis les pieds dans leur vie: Kuujjuaq. Rien de moins! Une troisième sortie de zone…

C’est le coup de foudre pour une fille qui avait étudié en criminologie qui m’a fait prendre Air Inuit un 2 octobre 1996.

Peu de temps après que nous sommes atterris, je me souviens de ce que ressentais lorsque j’ai franchi l’intérieur de l’aéroport du village. Je me sentais carrément comme une minorité visible.

Un grand brun de 6 pieds 2 pouces aux yeux bleus qui débarque dans leur village avec une future agente de probation qui va rédiger les rapports présentiels de leurs pères, mères, frères, sœurs, cousins ou cousines n’était pas gage d’un accueil princier. Je vous le jure!

Imaginez maintenant comment j’ai été accueilli dans cette ligue de hockey « avec contacts » où tout le village se déplaçait pour voir le « show » à grands coups de 1500 spectateurs et plus. J’en porte encore les marques d’une cicatrice d’une douzaine de points de sutures sous le menton.

Avec le temps, j’ai réussi à prendre ma place et à me trouver un travail. D’abord au bureau de poste puis, comme remplaçant à l’école primaire-secondaire de l’endroit.

Les jeunes m’aimaient bien. Je leur racontais des histoires du « sud » et je me débrouillais plutôt bien en anglais. Ça aura facilité mon intégration en passant. Ils avaient une bonne opinion de moi qu’ils transportaient à la maison. Les parents reconnaissaient mon travail. Ils sont devenus des amis.

Entouré d’Inuits dans un climat frigorifique et dans leur culture qui ne ressemble en rien à celle des québécois, Kuujjuaq est en soit, l’expérience d’une vie.

Avec assurance

Revenu du Nord quelques années plus tard… Du fin fond d’une usine de transformation de viande de porc en passant par une clinique de massothérapie, j’aboutis dans un bureau de l’un des plus grands assureurs au Canada.

Je ne pouvais concevoir que j’allais passer ma vie dans une usine. Non pas que je méprise ceux et celles qui le font au contraire. Il faut être fait fort. Très fort. Je me voyais ailleurs. Je rêvais de défis plus grands. Je voulais me réaliser autrement.

Il faillait provoquer ainsi les choses car je sentais que l’usine « s’emparait » de moi. Sans même en parler à ma conjointe, je suis revenu un midi en lui disant que je venais de démissionner. Je n’avais plus le choix. Je venais de provoquer un changement, une autre sortie de zone. Ma fille n’avait que 2 ans.

Orienteur professionnel, tests, entrevues et discussions se sont succédés. C’est lors d’une visite chez mon futur employeur que j’ai eu le coup de foudre pour ce qui allait devenir ma profession actuelle.

Ayant une très grande facilité avec l’anglais et de fortes aptitudes reliées à l’emploi, c’est en l’espace de 3 mois que j’ai décroché mon permis qui fut délivré par l’Autorité des Marchés Financiers en tant qu’agent d’assurance de dommages des particuliers. Sortie de zone vous dites?

Je fus sacré à 4 reprises du titre de Maître Assureur de la compagnie et membre à 2 reprises d’équipes de ventes de l’année en 8 ans. Je réalisais, en regardant derrière moi, que je revenais de loin. Très loin.

Inespéré

Puis finalement, le 16 août 2010, je sortais de ma zone encore une fois. Ce soir-là, j’ai créé un monstre : La Marche bleue. L’événement mobilisateur réalisé afin de promouvoir le retour des Nordiques à Québec (équipe professionnelle de hockey sur glace). Un événement rassembleur monstre connu par tous les Québécois.

Plusieurs m’ont mis en garde. « Ça ne marchera pas. Tu devrais faire ci, tu devrais faire ça. Pourquoi ci, pourquoi ça? Tu rêves en couleur. Tu te prends pour qui? Tu es payé par qui? ».

Pour répondre en une phrase à tout cela : Je le fais parce que j’y crois et que je suis passionné. C’est tout. J’ai même englouti des milliers de dollars que je paye encore aujourd’hui, 5 ans plus tard sans jamais rien avoir demandé à personne. J’assume tout.

Cela m’aura permis de réaliser plein de choses. Entre autre que dans la vie, tu es important pour quelqu’un dans la mesure où tu lui rapportes quelque chose. Que ceux qui t’appellent un « ami » disparaissent une fois les projecteurs éteints.

Quoi qu’il en soit, tout n’est pas noir. J’ai tout de même réussi à créer des liens forts avec de grandes personnalités dont personne ne se doutent même encore aujourd’hui.

La Marche bleue dont j’ai été l’initiateur et l’organisateur m’aura placé sous des projecteurs dont j’ignorais l’existence. Cet événement m’aura permis de rencontrer des gens que j’adulais depuis que j’étais haut comme trois pommes.

En 47 jours, j’ai relevé le défi de réunir des stations de radios qui voulaient s’arracher la tête, tous les partis politiques provinciaux et fédéraux, les partisans des Nordiques et de leurs éternels rivaux de l’autre bout de la 20. Le clou de la journée était de présenter sur une seule et même scène, les 3 frères Stastny qui n’avaient pas été réunis publiquement depuis 1988. Une journée qui restera à jamais marquée dans ma mémoire.

C’est avec l’aide des réseaux sociaux d’abord et ensuite avec celle des médias que j’aurai réussi l’exploit. Tous unis pour le retour.

Après avoir fait des dizaines d’intervention dans les différents médias de toutes sources, j’ai eu le privilège d’écrire aux côtés de ceux que je lis depuis que je suis tout petit dans le Journal de Québec pendant 3 ans.

Puis, j’ai réalisé un autre rêve en devenant animateur d’une émission radiophonique sportive dans mon patelin natale dans une station de radio communautaire.

En 2012, je devins travailleur autonome en tant qu’agent affilié de la compagnie qui m’avait engagé en 2005 et en février 2014. J’ouvris donc mon propre cabinet dans le même domaine. En plus de faire ce que j’aime depuis 10 ans, je suis maintenant de retour derrière un micro d’une des stations de radio les plus écoutées au Canada, le weekend: CHOI RadioX – Québec.

Alors quand j’entends: «Tu devrais apprendre à sortir de ta zone de confort…», les lignes que vous venez de lire me rassurent un peu…

Sortez de votre zone! Je vous le dis, le pire qui pourrait vous arriver, ce serait de faire mieux que la première fois.

Mario Roy

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